L'histoire d'une vocation : Edmond Desbonnet: (1867-1953)
Sa Culture Physique.
Dans un article de la revue « La Culture Physique » paru en juillet 1951, Edmond Desbonnet nous explique sa vocation : « Quand j’étais tout petit, haut comme la botte de mon père, j’étais déjà un fou grand jusqu’au plafond. La preuve : je ne rêvais que de force, de gymnastique, de lutteurs, d’acrobates de cirque, je m’extasiais sur les hommes grands et forts que je rencontrais au hasard de mes sorties, hors du foyer paternel. Mon père me destinait à la continuation du commerce qu’il avait créé, une entreprise de bâtiments, affaire où il avait déjà réalisé une belle fortune et qui rapportait plus de 200.000 francs en 1881.
La découverte d’un ouvrage illustré de 1856 où se trouvait la gravure du gymnase de Triat à Paris, avec la description de ce magnifique établissement par Paul Féval, le romancier populaire, décida de ma vocation et fut le point de départ de mon accès de folie, qui me fit lâcher la proie pour l’ombre.
Je voulus imiter Triat et, dédaignant la maison de commerce de mon père, j’obtins de la faiblesse de ma mère les fonds nécessaires pour installer un gymnase que je baptisais « Ecole de Culture Physique ».
Edmond Desbonnet s’installe alors dans le local du 96, rue Nicolas-Leblanc, en face de l'Hippodrome Lillois qui fut bientôt trop petit. L'école fut transférée ensuite 58, rue d'Artois, puis 30, place du Théâtre, où pour la première fois, il s'installera comme il le désirait vraiment, dans une profusion de glaces, de lumières et d'appareils divers. Il décrit alors l’endroit et ce qui fait son originalité pour l’époque : « Au lieu de voir comme dans tous les gymnases, des trapèzes, des anneaux, des barres fixes, des cordages, des tremplins, des chevaux à arçons, des barres parallèles, de la sciure, etc., chacun peut voir, des tapis, des miroirs, des exerciseurs en caoutchouc, des barres à sphères, des haltères. ». Et dans ce lieu, « des jeunes gens vêtus d’un seul petit caleçon de bain et respirant fortement devant des miroirs » font leurs exercices.
Mais comme il le dit lui-même, sa « folie » ne tardera pas à manifester ses résultats : « En installant trois écoles à Lille, je fus dépouillé de la fortune de mon père ; en installant celle de Roubaix et celle de Paris, je ruinais ma mère, qui dut vendre ses propriétés pour payer les folies de son fils unique ; à Paris, elle dut vendre des terres en Pévèle qu’elle tenait de ses parents, cultivateurs à Templeuve. »
Pourtant, il persistera dans cette « folie ». Installé désormais à Paris en 1899, la formation de professeurs de culture physique ainsi que la création de la revue « la Culture Physique », favoriseront peu a peu l’implantation d’un réseau à travers toute la France et même au-delà, d’ « écoles filiales » diffusant l’esprit et la méthode du « Maître ». De cet esprit et de cette méthode, Desbonnet ne cessera jusqu’à sa mort de répéter que leurs « buts sont clairement définis par ces quatre mots : SANTE, BEAUTE, FORCE, MORALITE. » (La Culture Physique, janvier 1953). C’est dire que son approche se voulait globale.
Sa méthode.
Elle repose sur l’idée que la mise en action et le développement de la partie externe du corps (en l’occurrence les muscles) auront une incidence bénéfique sur les organes internes (« gymnastique des organes ») et donc la santé de l’individu. Mais comme la santé, la beauté et la force sont des choses interdépendantes, il faut alors viser au développement athlétique et harmonieux du corps par une technique rationnelle, progressive et adaptée à chaque individu. Et indépendamment du fait que les résultats physiques ont des incidences favorables sur le psychisme de l’individu, celui ou celle qui se plie à la discipline rigoureuse de la culture physique s’y forge aussi le caractère.
L’esprit d’Edmond Desbonnet.
Il considérait qu’il fallait « régénérer » l’homme, et que la culture physique en était le meilleur moyen. Précisons pour bien le comprendre, qu’en ce début de siècle, la population souffrait de nombreux maux liés à une hygiène et une discipline de vie insuffisante (tuberculose, obésité, alcoolisme) et que sa conception fortement imprégnée par les idées de son temps ne faisait guère de place à l’individu. Celui-ci devait se « régénérer » afin de constituer une nation d’hommes efficaces, une France plus forte et capable de se défendre. Desbonnet de par son idéologie ne mettra donc guère en évidence une autre « régénération » possible: celle qu’apporte le plaisir inhérent à l’activité physique ainsi que son coté gratifiant lorsqu’on la décide pour soi dans un souci de progrès et de réalisation de soi.
Aujourd'hui.
Qu’en est il à présent que son « histoire de fou est terminée. » ?
D’autres après lui, et selon son propre vœu, l’ont reprise avec la même passion. Et si les méthodes pédagogiques et d’entraînements ont évolué ainsi que le matériel et le confort, fort heureusement dans la plupart d’entre-elles, l’esprit du vieux « Maître », l’idée d’une Culture Physique ayant pour but de développer les qualités psychiques, morales, esthétiques et physiques de l’individu y demeurent .
En France, le secteur de la mise en forme reste majoritairement constitué par des salles de petites envergures. Contrairement à certains lieux de pratique immenses et impersonnels où le superficiel, les modes et les gadgets dominent et dont la finalité inavouée est le divertissement, ce sont des lieux de proximité où les personnes pratiquent efficacement dans une ambiance conviviale et pour un prix modeste.
Thierry Herbillon.

